Le 10 juin 2026, au Palais Montcalm, à Québec, le Gala des Grands Prix Desjardins a clôturé la 28e édition du Défi OSEntreprendre qui a reçu 1619 candidatures et remis 500 000 $. Établie dans les Laurentides, Solutions Clinical Factory est devenue la première entreprise à combiner trois distinctions nationales.
L’entreprise a remporté le prix Coup de cœur Faire affaire ensemble, le Prix national Coup de cœur du Scientifique en chef, de même que le premier prix de la catégorie Innovations technologiques et techniques, présentée par Vidéotron Affaires, qui vise à contribuer à la croissance des entrepreneurs.
Le 10 juin 1993, soit 33 ans plus tôt jour pour jour, Daniel Couillard, PDG et fondateur, remportait le prix Devenez entrepreneur·e dans le cadre du démarrage de sa première entreprise, InnuScience. Le Concours québécois en entrepreneuriat était le prédécesseur d’OSEntreprendre.
Cette année, le jury a de nouveau salué l’ingéniosité de Daniel Couillard, cette fois pour son projet de micro-usines médicales mobiles capables de produire des solutés médicaux directement au point de soins, particulièrement dans les régions éloignées ou difficiles d’accès. Une contribution civile et humanitaire majeure, au Québec comme ailleurs dans le monde.
Accessibilité et décentralisation de la chaîne d’approvisionnement
Pendant le confinement, Daniel Couillard suivait les données d’approvisionnement du réseau de la santé, notamment grâce à ses contacts dans le milieu. Un constat l’a profondément interpellé : les solutés de perfusion, parmi les produits les plus essentiels en milieu hospitalier, dépendaient d’usines qui ne répondaient plus à la demande ou qui traversaient les océans avant d’arriver dans les hôpitaux québécois. « Pour éviter la pénurie, on était obligés de faire venir nos solutés de Chine et d’Angleterre. De l’eau et du sel à prix d’or. Voyons donc, nos concitoyens méritent mieux que ça », raconte le PDG de Solutions Clinical Factory.
Le prix a suivi la rareté. Dans certains cas, le coût a atteint jusqu’à 600 $ le litre, avec des livraisons au compte-gouttes. Depuis, certains hôpitaux louent des espaces d’entreposage pour constituer une réserve de sécurité qu’ils n’utiliseront peut-être jamais à cause des dates de péremption.
Pour Daniel Couillard, cette pénurie faisait écho à une réalité plus ancienne : celle de son village natal, mais aussi à celle que vivent encore de nombreuses communautés autochtones et nordiques du Canada. « Je suis originaire de Parent, un petit village nordique près du réservoir Gouin. On n’avait pas de services; parfois, les gens mouraient à cause de l’éloignement », se rappelle-t-il. L’isolement rendait les chaînes d’approvisionnement difficiles, parfois impossibles.
Il avait pourtant quitté le monde des affaires. Fondateur d’InnuScience en 1992, une entreprise d’hygiène professionnelle fondée sur la fermentation bactérienne et exportée dans 37 pays sous sa direction, il s’était retiré en 2019.
Alors que d’autres envisagent une retraite plus traditionnelle, Daniel Couillard affirme que cette nouvelle entreprise donne un sens nouveau à cette étape de sa vie. « Je savais que je tenais la plus grande, la plus belle, la plus importante idée sur la planète », a-t-il écrit sur LinkedIn. Il a alors tout mis en œuvre pour transposer son concept d’hyperconcentration aux solutés et aux dialysats médicaux afin de développer une innovation d’envergure dans le domaine de la santé.
Prototype/concept de la MicroFactory de Clinical Factory, une unité compacte conçue pour permettre la production locale de solutions médicales au plus près du point de soin.
Un concentré pour alléger la logistique complexe, fragile et volumineuse
Un soluté de perfusion est essentiellement constitué d’eau, et les hôpitaux en consomment des centaines de millions de litres par année. Son transport et son entreposage coûtent cher, plus encore dans les régions éloignées, les zones sinistrées ou lors de missions militaires et spatiales.
Solutions Clinical Factory renverse l’équation : plutôt que d’expédier de l’eau, elle expédie un concentré stérile réduit de 97 %, dans des bouteilles résistantes aux chocs, ce qui divise par 40 les besoins en transport, en manutention et en entreposage. Une unité automatisée installée au point de soins reconstitue ensuite la solution avec l’eau potable locale, à raison de 80 litres de soluté par litre de concentré.
« Ma vision, c’est que chaque hôpital et chaque région ait sa micro-usine, et que notre système de santé ne dépende plus de chaînes d’approvisionnement extérieures. Nous devons devenir hyperlocaux dans la fabrication de ces produits essentiels »
- Daniel Couillard, PDG et fondateur de Solutions Clinical Factory.
Des défis et des opportunités
Le premier défi a sans doute été le retour sur les bancs universitaires au début de la soixantaine. Daniel Couillard souhaitait actualiser ses connaissances du monde des affaires afin de mieux comprendre les rouages actuels de l’économie et de l’innovation.
Toutefois, il s’est vite démarqué et a été admis au programme Propulsion, secteur Medtech et Santé numérique, de Centech Montréal. Cet incubateur intensif de 24 mois soutient les entreprises à fort potentiel dans leurs phases de développement et de commercialisation.
En collaboration avec un centre de recherche spécialisé en ingénierie médicale, Daniel Couillard a ensuite financé lui-même son prototype fonctionnel, à hauteur de 1,5 million de dollars, en puisant dans ses fonds de retraite. Une possibilité qu’il n’avait pas eue lorsqu’il avait lancé InnuScience, au sortir de l’école.
Cet investissement lui permet aujourd’hui de démontrer la performance de sa technologie et son potentiel de déploiement à grande échelle.
« Avec mon prototype, on peut fabriquer le soluté de son choix en moins de 45 secondes, de manière stérile et entièrement automatisée », résume-t-il. Une démonstration concrète qui interpelle autant le personnel soignant que les futurs partenaires financiers.
Il s’est également allié à Phare Medica, un groupe pharmaceutique québécois qui dispose déjà de capacités d’embouteillage stérile en usine accréditée par Santé Canada et la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis. Un atout stratégique qui permettra d’accélérer la mise en marché du produit et de rassurer les investisseurs.
L’homologation représente la prochaine étape. « Un autre de mes grands défis, c’est la réglementation. C’est excessivement coûteux et complexe dans le pharmaceutique », souligne l’entrepreneur. Une spécialiste canadienne des affaires réglementaires, d’origine ukrainienne, l’a contacté par LinkedIn et a offert de travailler bénévolement pour aider le produit à être éventuellement acheminé dans son pays d’origine.
Une proposition invraisemblable? Daniel Couillard affirme qu’il peut rapporter une dizaine de cas « tombés du ciel ». Ces rencontres forment désormais sa nouvelle équipe, envers laquelle il éprouve une immense fierté et une reconnaissance infinie.
Le Défi OSEntreprendre : un incubateur de bonnes idées
Daniel Couillard remercie encore une fois toute l’équipe d’OSEntreprendre. Il souligne son apport majeur au dynamisme entrepreneurial québécois.
Bien qu’aucun système ne soit encore déployé sur le terrain, les portes s’ouvrent pour l’entreprise. Plusieurs discussions ont été entamées, et tous sont intéressés. Parmi eux :
- La Croix-Rouge et l’Armée canadienne
- Médecins Sans Frontières
- Les agences spatiales canadienne, européenne et américaine
- Santé Québec et plusieurs CIUSSS
- Des chefs de communautés autochtones
« Tout le monde est intéressé par le projet. Je n’ai jamais vu une traction comme celle-là », constate le PDG.
La visibilité offerte par le Défi OSEntreprendre a amplifié cet élan. Deux personnes rencontrées depuis l’annonce des prix rejoindront l’équipe, La Presse réalise une entrevue et un groupe américain a demandé une rencontre après avoir découvert le projet sur LinkedIn.
La prochaine étape? La NASA a déjà rencontré l’équipe au sujet d’un prototype adapté, et une autre piste se dessine. Daniel Couillard parle d’oxygène recyclé et hyperconcentré, une approche innovante et encore inexplorée dans le domaine médical.
Son objectif? « Sauver encore plus de vies là où c’était impossible avant », conclut-il.
Le Défi OSEntreprendre : à votre tour!
Le Défi OSEntreprendre accompagne chaque année des élèves, des étudiants et des entrepreneurs des 17 régions du Québec. Partenaire depuis 2013, Vidéotron Affaires est fière de contribuer à l’essor d’entrepreneurs inspirants et visionnaires tels que Daniel Couillard, de Solutions Clinical Factory, ainsi qu’Armand Bahabi et Elya Quesnel, de Dispositifs Myo dans la catégorie Innovations technologiques et techniques.
Osez mettre vos idées de l’avant! Surveillez l’ouverture des inscriptions à la 29e édition.
Avez-vous besoin d’accompagnement?
Notre Service à la clientèle est disponible pour vous guider.
Septembre 2026, Par Vidéotron Affaires